Editorial du N°92, juillet 2010
De Knysna à Lyon, un même leurre
Depuis trois semaines et à quelques jours de clore les festivités de la Coupe du monde, tout a été justement disséqué, commenté, hurlé, sur l’équipe de France de football, objet d’opprobre dans l’Hexagone, de soulagement bien mérité dans une Irlande à qui justice fut rendue, et de railleries sur l’ensemble de la planète. Tout, sauf peut-être l’essentiel : cette équipe était mort-née par la faute certes de dysfonctionnements organisationnels, managériaux, de gouvernance qui constituèrent une étude de cas exemplaire pour apprentis en école de management, surtout d’un « système économique », d’une logique financière et marchande qui, en toute impunité, octroient depuis une vingtaine d’années à de jeunes joueurs en âge d’étudier des rémunérations inversement proportionnelles au nombre de neurones qui circulent dans leur cerveau, à l’utilité sociétale et aux vertus de leur emploi, à leur sens de la responsabilité et des réalités. Comment peut-il en être autrement lorsqu’à 22 ans, issu d’un modeste milieu social, promis à visser des boulons sur une chaîne de montage, déraciné dix ans plus tôt pour intégrer un centre de formation qui va couver et déresponsabiliser, étourdi par la manne des transferts et les promesses des agents, enivré par les dithyrambes de l’entourage et des médias spécialisés, reclus dans un cénacle protecteur, mimétique, consanguin, on perçoit chaque mois de quoi s’offrir deux Ferrari ou un appartement et, tel des chevaux de course ou du bétail de (très grand) luxe, on est « valorisé » 10, 20 ou 50 millions d’euros lors des transferts ?
Rêve
La vindicte ne doit pas se tromper de cible. Le coupable n’est pas la marionnette, infantilisée avec méthode et soin ; c’est celui qui en actionne les mouvements, en décide les déplacements, en dicte les paroles. Coupable qui a pour portrait-robot la juxtaposition des visages des supporters, des médias, des sponsors, des présidents de clubs, des équipementiers, des consommateurs, des instances officielles, des pouvoirs publics, et maintenant des sites de paris en ligne, bref de tous ceux qui sont ligués par le dessein et l’intérêt communs d’ériger un bipède pathétique, volontiers abruti et arrogant, au rang d’icône. Tous entraînés et enchaînés dans cette funeste coalition par un diktat mercantile qui, selon leurs enjeux, leurs aspirations, leur vulnérabilité, aveugle, corrompt, enrichit, dépouille, manipule, fascine. Les débats sur l’ubuesque numéro de cirque exhibé en Afrique du sud pourront continuer d’animer les ondes, les repas de familles, les soirées entre amis, l’incrédulité, l’ire, le rejet, pourront poursuivre leur œuvre, rien, absolument rien ne changera. L’incurabilité est inévitable. Parce que l’origine du mal, le microbe qui a infecté le corps tout entier : l’argent, demeureront vivaces, éludés et même préservés avec soin. Tant que la machine économique du football demeurera vide de toute appréhension morale et éthique, tant qu’elle restera disposée à rémunérer un joueur l’équivalent de cinquante médecins ou de deux cents enseignants, tant qu’elle sustentera l’appétit de tous ceux qui en vivent goulûment, il n’y aura rien à attendre. Seul espoir, mais faible : que l’irréalité sud-africaine ait tant abâtardi l’image des médias et des sponsors partenaires de la Fédération que ces derniers choisissent de s’en détourner ou, au minimum, de substantiellement reconsidérer leur contribution. Mais ne rêvons pas.
Arbitrage
Ce capharnaüm, surtout l’étalage de l’obscénité éthique de cette économie du football, ne devrait pas épargner le projet de grand stade porté par l’Olympique lyonnais. Les enjeux infrastructurels, les investissements (para)publics mobilisés, la vigueur et les arguments des opposants, doivent être appréhendés à l’aune du « spectacle » de l’équipe de France, spectacle qui enfin a permis de démasquer l’intrus, de révéler la mascarade, de présenter la réalité, le véritable visage d’un football désormais officiellement dépourvu des propriétés morales, éducationnelles, identitaires dont à force de marketing et de communication savamment instrumentalisés « on » l’avait maquillé. Les pouvoirs publics qui plus est socialistes qui engagent les impôts des contribuables de l’agglomération lyonnaise, mais aussi les partenaires privés si sensibles à leur image, peuvent-ils maintenir leurs soutiens à l’aune de la « crise de sens » qu’un tel projet suscite au regard à la fois du psychodrame sud-africain et du bouleversement économique et social planétaire qui interroge autrement la valeur, l’utilité, la responsabilité des investissements ? La probabilité que l’Olympique lyonnais connaisse la déliquescence de l’équipe de France est faible, parce que le club possède un leadership, une organisation, un management, une gouvernance, une discipline que son président a hérités et importés de l’entreprise et qu’il applique avec rigueur. En revanche, et d’ailleurs quatre d’entre eux Govou, Lloris, Toulalan, Réveillère ont participé à la mutinerie à Knysna, les joueurs de l’OL ne forment pas une caste qui serait exempte des raisonnements, des comportements, des mentalités qui ont motivé l’indicible en équipe de France. Surtout, la logique industrielle et le projet infrastructurel du club empruntent strictement le sillon de ce qui fonde le mal endémique de l’économie du football : l’irrationalité, l’indécence, et l’amoralité de l’argent employé pour ce qui, faut-il le rappeler, n’est que jeu et sport. Des centaines de millions d’euros pour qu’une trentaine de post-adolescents ou de jeunes adultes immatures frappent dans un ballon et se partagent annuellement environ 90 % des 95 millions d’euros de charges de personnel…La santé, l’éducation, l’emploi, seraient-ils moins essentiels aux yeux des pouvoirs publics et des collectivités locales Etat, Grand Lyon, Département appelés à dépenser au bas mot 190 millions d’euros en faveur du Grand stade et qui par ailleurs arguent de la raréfaction de leurs moyens pour justifier de douloureux arbitrages ? On connaît quelques hôpitaux, écoles, organismes culturels ou d’insertion qui sauraient faire un excellent usage de cette manne. Excellent et surtout, lui, utile à la société.
Denis LAFAY
Editoriaux archivés
N°92, juillet 2010 : De Knysna à Lyon, un même leurre - Voir cet édito
N°91, mai 2010 : Le poison et l'antidote - Voir cet édito
N°90, avril 2010 : Le vin, un danger ? Non, le vin en danger - Voir cet édito
N°89, mars 2010 : Un autre monde - Voir cet édito
N°88, février 2010 : Tout d'une grande. Qu'elle n'est pas - Voir cet édito
N°87, décembre 2009 : Peur pour soi. Peur de l'autre - Voir cet édito
N°86, novembre 2009 : Tout et son contraire - Voir cet édito
N°85, septembre 2009 : Sans espoir ? - Voir cet édito
N°84, juillet 2009 : En avons-nous le courage ? - Voir cet édito
N°83, mai 2009 : L'appel au secours des entrepreneurs - Voir cet édito
N°82, avril 2009 : Eloge de l'incohérence - Voir cet édito
N°81, mars 2009 : Levée de boucliers - Voir cet édito
N°80, février 2009 : La culture à notre secours - Voir cet édito
N°79, décembre 2008 : Plus rien ne doit être comme avant - Voir cet édito
N°78, novembre 2008 : Travail dominical, l'acte manqué - Voir cet édito
N°77, septembre 2008 : Le "bon" pouvoir de Martin Hirsch - Voir cet édito
N°76, juillet 2008 : Bienvenue, Monsieur braun - Voir cet édito
Depuis trois semaines et à quelques jours de clore les festivités de la Coupe du monde, tout a été justement disséqué, commenté, hurlé, sur l’équipe de France de football, objet d’opprobre dans l’Hexagone, de soulagement bien mérité dans une Irlande à qui justice fut rendue, et de railleries sur l’ensemble de la planète. Tout, sauf peut-être l’essentiel : cette équipe était mort-née par la faute certes de dysfonctionnements organisationnels, managériaux, de gouvernance qui constituèrent une étude de cas exemplaire pour apprentis en école de management, surtout d’un « système économique », d’une logique financière et marchande qui, en toute impunité, octroient depuis une vingtaine d’années à de jeunes joueurs en âge d’étudier des rémunérations inversement proportionnelles au nombre de neurones qui circulent dans leur cerveau, à l’utilité sociétale et aux vertus de leur emploi, à leur sens de la responsabilité et des réalités. Comment peut-il en être autrement lorsqu’à 22 ans, issu d’un modeste milieu social, promis à visser des boulons sur une chaîne de montage, déraciné dix ans plus tôt pour intégrer un centre de formation qui va couver et déresponsabiliser, étourdi par la manne des transferts et les promesses des agents, enivré par les dithyrambes de l’entourage et des médias spécialisés, reclus dans un cénacle protecteur, mimétique, consanguin, on perçoit chaque mois de quoi s’offrir deux Ferrari ou un appartement et, tel des chevaux de course ou du bétail de (très grand) luxe, on est « valorisé » 10, 20 ou 50 millions d’euros lors des transferts ?
Rêve
La vindicte ne doit pas se tromper de cible. Le coupable n’est pas la marionnette, infantilisée avec méthode et soin ; c’est celui qui en actionne les mouvements, en décide les déplacements, en dicte les paroles. Coupable qui a pour portrait-robot la juxtaposition des visages des supporters, des médias, des sponsors, des présidents de clubs, des équipementiers, des consommateurs, des instances officielles, des pouvoirs publics, et maintenant des sites de paris en ligne, bref de tous ceux qui sont ligués par le dessein et l’intérêt communs d’ériger un bipède pathétique, volontiers abruti et arrogant, au rang d’icône. Tous entraînés et enchaînés dans cette funeste coalition par un diktat mercantile qui, selon leurs enjeux, leurs aspirations, leur vulnérabilité, aveugle, corrompt, enrichit, dépouille, manipule, fascine. Les débats sur l’ubuesque numéro de cirque exhibé en Afrique du sud pourront continuer d’animer les ondes, les repas de familles, les soirées entre amis, l’incrédulité, l’ire, le rejet, pourront poursuivre leur œuvre, rien, absolument rien ne changera. L’incurabilité est inévitable. Parce que l’origine du mal, le microbe qui a infecté le corps tout entier : l’argent, demeureront vivaces, éludés et même préservés avec soin. Tant que la machine économique du football demeurera vide de toute appréhension morale et éthique, tant qu’elle restera disposée à rémunérer un joueur l’équivalent de cinquante médecins ou de deux cents enseignants, tant qu’elle sustentera l’appétit de tous ceux qui en vivent goulûment, il n’y aura rien à attendre. Seul espoir, mais faible : que l’irréalité sud-africaine ait tant abâtardi l’image des médias et des sponsors partenaires de la Fédération que ces derniers choisissent de s’en détourner ou, au minimum, de substantiellement reconsidérer leur contribution. Mais ne rêvons pas.
Arbitrage
Ce capharnaüm, surtout l’étalage de l’obscénité éthique de cette économie du football, ne devrait pas épargner le projet de grand stade porté par l’Olympique lyonnais. Les enjeux infrastructurels, les investissements (para)publics mobilisés, la vigueur et les arguments des opposants, doivent être appréhendés à l’aune du « spectacle » de l’équipe de France, spectacle qui enfin a permis de démasquer l’intrus, de révéler la mascarade, de présenter la réalité, le véritable visage d’un football désormais officiellement dépourvu des propriétés morales, éducationnelles, identitaires dont à force de marketing et de communication savamment instrumentalisés « on » l’avait maquillé. Les pouvoirs publics qui plus est socialistes qui engagent les impôts des contribuables de l’agglomération lyonnaise, mais aussi les partenaires privés si sensibles à leur image, peuvent-ils maintenir leurs soutiens à l’aune de la « crise de sens » qu’un tel projet suscite au regard à la fois du psychodrame sud-africain et du bouleversement économique et social planétaire qui interroge autrement la valeur, l’utilité, la responsabilité des investissements ? La probabilité que l’Olympique lyonnais connaisse la déliquescence de l’équipe de France est faible, parce que le club possède un leadership, une organisation, un management, une gouvernance, une discipline que son président a hérités et importés de l’entreprise et qu’il applique avec rigueur. En revanche, et d’ailleurs quatre d’entre eux Govou, Lloris, Toulalan, Réveillère ont participé à la mutinerie à Knysna, les joueurs de l’OL ne forment pas une caste qui serait exempte des raisonnements, des comportements, des mentalités qui ont motivé l’indicible en équipe de France. Surtout, la logique industrielle et le projet infrastructurel du club empruntent strictement le sillon de ce qui fonde le mal endémique de l’économie du football : l’irrationalité, l’indécence, et l’amoralité de l’argent employé pour ce qui, faut-il le rappeler, n’est que jeu et sport. Des centaines de millions d’euros pour qu’une trentaine de post-adolescents ou de jeunes adultes immatures frappent dans un ballon et se partagent annuellement environ 90 % des 95 millions d’euros de charges de personnel…La santé, l’éducation, l’emploi, seraient-ils moins essentiels aux yeux des pouvoirs publics et des collectivités locales Etat, Grand Lyon, Département appelés à dépenser au bas mot 190 millions d’euros en faveur du Grand stade et qui par ailleurs arguent de la raréfaction de leurs moyens pour justifier de douloureux arbitrages ? On connaît quelques hôpitaux, écoles, organismes culturels ou d’insertion qui sauraient faire un excellent usage de cette manne. Excellent et surtout, lui, utile à la société.
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Evènements
Le métier de DRH et ses pratiques: et si la crise avait bon dos?

mardi 28 sept. 2010, Espace Tête d'or, Forum Apec, 11h00
Avec: François Davy, Frédéric Faye, Pascale Portères, Pierre-Yves Sanséau,
Animation : Yannick Morel
9ème entretiens de Valpré
lundi 4 oct. 2010 , Valpré 2010,
centre de congrès et de séminaires
Pour vous inscrire, cliquez ici
Mgr Barbarin, Clara Gaymard, Manuel Valls, Eric de Montgolfier,
Jean-Robert Pitte, Bruno Bonnell, Christine Boutin
Industrie, emploi, déficits: la France peut-elle redondir?
jeudi 14 oct. 2010, 18h00-20h00
Avec: Francis Mer, Patrick Martin, Pierre-Alain Muet
L'entreprise: amie ou ennemie de la planète

mardi 16 nov. 2010, à l'EMLYON
Avec: Luiz Seabra, Nicole Notat, Claude Blanchet
Jeunes et Aînés, main dans la main ou dos à dos?

mercredi 17 nov. 2010, à l'ESDES
Avec: Nora Berra, Bernard Devert, Olivier Ferrand
Guides
Le CDRom 2010
5400 références! Outil de prospection B to B, format Excel compatible VISTA, XP……, simple d’utilisation, permet de réaliser des actions ciblées vers 1000 entreprises en Rhône Alpes, 2600 décideurs nommés : 1 000 PDG, DG, directeurs régionaux, 800 DRH, [...]
Suppléments
Entretiens Jacques Cartier 2009
Supplément Entretiens Jacques Cartier 2009
L’exemple québécois
28 pages pour découvrir certains des thèmes qui seront débattus au cours des 22 e Entretiens Jacques Cartier (Lyon, du 28 novembre au 2 décembre) : [...]
Livres
Autrement
271 pages
Préface : Albert Jacquard
Postface : Sam Braun
" Explorer les voies, les convictions, les analyses, les exhortations qui amènent le lecteur à faire sienne la volonté de construire « autrement » la société, l’économie, l’entreprise. Une société, une économie, [...]
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AMITEL, Agence Web, Création de sites Internet
http://www.amitel.fr/Les journées de l’économie
http://www.journeeseconomie.org/Les entretiens de Valpré
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http://www.admical.org/RCF
http://www.rcf.fr/Salon des Entrepreneurs
http://www.salondesentrepreneurs.com/Agence photographique KR IMAGES
http://www.kr-image.com/Patrice Giorda
http://www.giorda.fr/Hilary Dymond
http://www.hilarydymond.com/




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